Bon à savoir 

   Après ma biographie qui est indissociable de mon travail, j'ai envie de partager avec vous, chère lectrice, cher lecteur quelques pensées, expériences et convictions qui font tout autant partie de ce que je vous propose dans mes cours à travers le mouvement. Il s'agit du vécu qui s'est autant installé dans mon corps que dans ma tête. Je n'ai pas la prétention que ce que je partage avec vous contienne des vérités dans un sens absolu, c'est simplement juste pour moi et approuvé par ma conscience cellulaire.

Dans la rubrique "mes traces" vous trouvez aussi des exemples pour illustrer mieux en quoi je crois.

 

 

   Questions de principe:

   Je suis certainement quelqu'un "de la vielle école". Quelqu'un qui est convaincu que d'avoir fait trois cours de ceci et deux stages de cela ne suffit pas pour avoir une idée du fond des choses et encore moins pour pouvoir ensuite transmettre à autrui ce qu'on a cru comprendre. Je suis de la profonde conviction qu'à la longue un bon travail d'enseignement ne peut pas se contenter de copier un exercice vu ici et de s'approprier une phrase entendu là. Je ne peux pas me vanter d'avoir fait une formation officielle de danse. Mais après mes études universitaires de pédagogie curative clinique j'ai passé beaucoup d'années à prendre des cours de Contact Improvisation, parfois plusieurs par jour et avec un nombre énorme de professeurs différents. Des cours que j'essayais de me payer par des petits boulots par ici et par là. À ceci se rajoute l'apprentissage autour du corps, le mouvement et la danse en général (dans mon cas très étroitement lié à l'apprentissage du Body-Mind Centering®) qui passe aussi par la lecture, des conférences et d'autres échanges. Ce n'est que bien plus tard que je me suis permis de faire mon choix et de ne suivre régulièrement plus que trois maîtres: Steve Paxton (qui est à l'origine du Contact Improvisation et plus récemment de ce qu'il appelle Material for the Spine), Bonnie Bainbridge Cohen (fondatrice du Body-Mind Centering®) et Anna Halprin (à ne pas confondre avec le Tamalpa Institute dans lequel elle a certes joué et joue toujours un rôle important, mais qui ne représente qu'une partie de son œuvre). Depuis quelques années et surtout grâce aux échanges personnelles avec ces trois personnes, j'ose également mettre un peu plus en avant mes propres recherches ainsi que les découvertes qui en résultent.

 

   Steve Paxton, Contact Improvisation et Material For The Spine:

   Ma première enseignante de Contact Improvisation était Robin Feld, une femme d'exception autant pour sa qualité de mouvement que pour ses cours. Elle faisait parti de la bande des  dix ou douze  premiers professeurs de cette danse qui ne se voulait même pas vraiment une danse. Son mari étant musicien (et elle jouant la basse) j'ai connu le Contact Improvisation accompagné de musique dès le départ. C'était d'ailleurs pareil à Berlin où j'ai fait une grande partie de mon apprentissage à partir de 1989. Ceci explique certainement en grande partie pourquoi aujourd'hui encore la musique est bien présente dans mes cours.

Steve Paxton a décidé de ne pas donner une définition exacte à cette pratique et d'en laisser l'accès  et  la rediffusion plutôt  libre. Je trouve ce choix extrêmement généreux et courageux. En l'écoutant et en lisant ce qu'il a écrit depuis des années, on peut tout de même comprendre ce qu'il entend par Contact Improvisation. Malheureusement de plus en plus de personnes qui se nomment enseignant de cette pratique ne se donnent plus la peine d'étudier aussi un côté plus théorique et je me pose souvent la question de comment quelqu'un qui n'a jamais vu ni entendu ce grand philosophe en personne, qui n'a jamais été marqué par son toucher sur son propre corps, qui ne se prend plus la peine de se confronter à ce qu'il dit encore aujourd'hui au sujet du Contact Improvisation arrive à comprendre quelque chose de l'essence même de cette pratique, d'autant plus que beaucoup de jeunes professeurs de cette forme n'ont plus la moindre idée du contexte historique et socio-politique qui donnait naissance à tout une panoplie de mouvements artistiques dont celui-ci fait partie.

Mais Steve n'est pas que Contact Improvisation. Quand je l'ai vu pour la première fois en 1989 (après avoir lu et entendu déjà beaucoup sur lui) c'était dans une de ses performances des Variations de Goldberg. Quand j'y pense, il y a encore aujourd'hui un frisson qui parcourt mon corps et les larmes qui me montent aux yeux. Je pense que ni avant, ni après j'ai vu sur une scène de théâtre quelque chose qui a aussi durablement marqué le cours de ma vie.

Ont suivi pendant des années et jusqu'à ce jour beaucoup de conférences et un approfondissement de la lecture de ce qu'il a pu écrire, mais aussi plusieurs stages de Material For The Spine un travail qui me semble comme la suite logique du Contact Improvisation.

En été 2015 j'ai en plus eu cette énorme chance d'être invité de passer du temps à Mad Brook Farm ou il réside depuis le début des années 70. Vivre dans le quotidien dans cette environnement, travailler dans le jardin et dans la forêt, partager les mêmes repas et sentir sa présence si bienveillante m'a rassuré dans mes choix de vie dansante dans une période terriblement sombre de mon existence. 

Tout en restant chaleureux, il me rappelle à la rigueur du travail, l'exigence vis-à-vis de moi-même, la voix qui me rappelle que de faire les choses ne suffit pas si on peut faire mieux. Steve c'est celui qui me rappelle toujours et encore que je ne suis pas là pour me reposer sur mes acquis, mais au contraire, si je prétends de vouloir danser encore et en plus d'enseigner, c'est pour continuer mon apprentissage. Il m'apprend à rester humble, mais m'encourage, me soutient et me valorise d'une manière profondément différente de celle de mes professeurs femmes et crée ainsi l'équilibre inestimable et nécessaire.

 

   Bonnie Bainbridge Cohen et le Body-Mind Centering®:

   Si Steve est le côté yin de mes professeurs, Bonnie est certainement le yang. J'ai eu le grand plaisir de travailler avec elle pour la première fois en 1990 déjà, quand en Europe son travail était encore très confidentiel. Je me souviendrai toujours comment en trois fois rien de temps, en lui facilitant par le jeu quelques mouvements, elle à réussi à faire partir ce petit garçon à quatre pattes, qui jusqu'à ce jour refusais de ce déplacer ainsi. C'est d'ailleurs à peu près le même jeu qu'elle a fait avec moi 15 ans plus tard pour me donner accès à mes mains et mes bras.

À l'époque de ma première rencontre avec Bonnie, je venais de commencer une formation de Integrative Bodywork and Movement Therapy  (largement basé sur les principes du Body-Mind Centering) que j'ai terminé en 1996. Linda Hartley, ma formatrice avait été pendant longtemps enseignante à l'école de Body-Mind Centering à Amherst et est l'auteur du magnifique livre The Wisdom of The Body Moving, que je considère être un des ouvrages clé dans ce domaine.

Pendant de longues années je n'ai pas jugé important pour moi de suivre une formation officielle en BMC®. Par contre j'ai obtenu grâce à mon enseignement qui s'est fait connaître aussi outre Atlantique un status qui me permettait rapidement d'intégrer des élément du Body-Mind Centering dans mes cours et je pense avoir ainsi contribué à faire connaître ce magnifique travail somatique dans les régions où je donne des cours.

Je suis heureux d'observer à quel point le Body-Mind Centering a gagné en importance en Europe et en Amérique. Mais je vois aussi le danger d'abus de plus en plus présent. De ce fait j'ai décidé en 2014 de terminer dans les meilleurs délais ma formation de Somatic Movement Educator et suis aujourd'hui certifié par l'école officielle de BMC (The School for Body-Mind Centering®). Ceci me permet de partager des principes du BMC d'une manière vraiment riche en disposant de cette formation d'une part, en continuant de faire des cours spécialisés avec Bonnie Bainbridge Cohen d'autre part et en plus de ça de ma propre expérience acquise en plus de 25 ans de pratique de Body-Mind Centering en lien avec le Contact Improvisation.

Étant "de nature" une personne plutôt flemmarde, J'ai toujours utilisé mon système musculaire avec parcimonie. Par contre je suis très à l'aise dans mes organes intérieurs. C'est donc certainement là, au niveau du soutient intérieur que les organes peuvent donner à notre squelette et à nos articulations que j'ai le plus vite fait le lien entre le Body-Mind Centering et le Contact Improvisation. Quelle joie de découvrir que les organes ne donnent non seulement un espace en trois dimension à mon corps, mais également à mon mouvement, lui donnant ainsi une réelle expression (ex-pression). Ma découverte que les organes ont souvent deux visages, un tourné vers le mouvement volontaire qu'ils soutiennent, mais aussi un vers le mouvement lié au système nerveux autonome (donc mouvement pas volontairement contrôlé) m'a permis de développer la dualité "être du mouvement" versus "faire du mouvement".

Mais les organes m'ont aussi montré le chemin vers ce qu'ils organisent, c'est à dire nos fluides, l'eau que l'on est avant tout, notre océan intérieur avec tous ses courants. De là vient mon expérimentation autour des trois densités: solide, liquide, gazeux qui nous positionne, étant du domaine du liquide, entre le solide (terre) et le gaz (ciel).

De là, le chemin vers l'embryologie n'est vraiment plus très loin. Pour des motifs personnels, j'ai été attiré dans cette direction autour des années 90 et depuis ai eu l'occasion de travailler à maintes reprises avec Bonnie autour de ce sujet mystérieux et magique. Il y aurait un livre à écrire juste sur cette danse extraordinaire. Je vais ici juste vous faire part que ces moments de profondes plongées dans les débuts de mon individualité m'ont fait comprendre que c'est la rencontre de deux individus qui crée la nouvelle danse (et le Contact Improvisation?). Mais aussi la reconnaissance de l'importance de la peau, cette membrane qui définit physiquement les contours externes de mon individualité, cet endroit de communication entre dedans et dehors, mais aussi cette limite qui, pour la première fois dans ma vie, me fait sentir l'espace temps.

Je ne vais pas aller plus loin ici. Venez vous-même découvrir comment tout ça trouve sa place dans mes cours de Contact Improvisation ou Contact Exploration comme j'ai parfois pris l'habitude de les appeler maintenant.

Après plus de 25 ans de Body-Mind Centering® et de travail avec Bonnie, je me sens vraiment heureux d'avoir eu autant de temps pour participer à la découverte et l'évolution de ce magnifique travail qui reste en mouvement comme une danse qui refuse de se figer.

Et je suis plein de gratitude vis-à-vis de Bonnie qui continue à croire fortement en mon travail qui m'ouvre petit à petit le chemin vers un enseignement qui devient un réel partage si je trouve, comme elle, mon équilibre entre générosité et préservation de l'espace pour mon travail, ma danse, ma vie.

 

 

   Anna Halprin:

   Pendant des années et des années cette grande dame est restée présente quelque part dans ma conscience sans jamais trouver sa véritable place. Tout a changé quand j'ai vu en 2007 sa performance phare Parades and Changes dont je suis resté ébloui par sa simplicité et son efficacité. Anna elle-même a fait une petite apparition à la fin des deux représentations. Peu après j'ai eu l'occasion de voir son film Returning Home et là je savais que je n'avais plus le choix, que je devais aller la trouver. C'était donc en 2009, peu de temps après le décès de son mari (et en pleine période de polémique autour d'une réinterprétation très controversée en France de ce même Parades and Changes) que je l'ai rencontrée chez elle au Mountain Home Studio. En faisant pour la première fois  son Movement Ritual  je l'ai senti venir vers moi, se mettre à genoux, mettre ses mains sur mon corps pour l'aider à trouver son mouvement et les premières paroles qu'elle adressait directement à moi étaient: "What a sensitive body." ("Quel corps sensible").

C'était le début d'une amitié qui continue à se renforcer à chaque fois que j'ai l'occasion d'aller la voir.

Dans une de mes plus grandes crises avec ma vie affective et donc ma danse elle s'est occupé de moi comme une vrai grand-maman, me faisant des jus de fruits  et des petits plats pour me nourrir et me proposait sa maison au bord du Pacifique pour me reposer. En même temps, à passé 90 ans elle était encore là à s'intéresser à mon mouvement, à vouloir savoir d'où c'est que je connais ce que je exprime, pourquoi mon corps fait ceci et cela.... D'autres fois je la sens fatiguée maintenant, surtout après les cours. Après la diffusion de son film Breath Made Visible (un documentaire sur certains moments de sa vie) elle est devenu à la mode en Europe pendant quelques mois, mais aussi un peu utilisé à toutes les sauces, car aujourd'hui elle ne plus venir voir ici ce que les gens font réellement de ce qu'elle a voulu offrir.

Pour moi elle reste une pionnière courageuse qui a ouvert des portes à la danse à plein de niveaux différents allant de la liberté du mouvement en passant par l'engagement politique, social et thérapeutique jusqu'à un raffinement artistique en lien avec la Nature que je n'ai vu chez personne d'autre. Mais selon moi, son plus grand art reste celui de donner des cours. Jamais quelqu'un d'autre à pu m'amener aussi loin avec une telle simplicité dans mes improvisations. Et des dessins qui sortent de moi pendant ou après ses cours sont sans doute les plus impressionnants que jamais j'ai fait.

Lors de ma dernière viste au Mountain Home Studio en 2014 j'ai tout de même senti qu'elle n'aura probablement plus la force de donner ses cours encore pour longtemps. Ainsi, au moment de partir, pour la première fois on a senti tous les deux que peut-être on ne se reverra plus. Mais arrive ce qui arrive, elle aussi, elle restera gravé dans mes cellules aussi longtemps que mon corps est vivant.

 

 

   Ma danse, ma vie:

   En 1988, après mon premier spectacle de scène qui dépassait le cadre de la simple représentation d'école, je me sentais danseur, en 1990 avec mes premiers engagements d'envergure en tant que professeur de danse, je me sentais maître. La vie, en passant par mon corps, m'a vite appris que ce n'était pas si simple. Alors j'ai remplacé l'appellation "danseur" par "quelqu'un qui danse" ce que j'aime toujours. Parfois il y aussi un timide "chercheur en mouvement" qui s'infiltre dans les définitions de mes activités, tandis ce que je ne me suis jamais senti "artiste" et je me sens vraiment loin d'être un "maître".

Finalement peu importe ces définitions. Ce qui compte est ce que je vis, ce que je

danse, ce que je ressens. Il y a eu dans ces années des hauts et des bas, des danses

heureuses et des moments de grand doute. J'ai toujours aimé les moments de duo

dans ma vie et je trouve que j'ai trop souvent dansé seul. Ma danse je ne la brade

pour rien au monde et je lui cherche toujours et encore le fond, le centre le plus

authentique possible. C'est elle qui me fait avancer quand je ne trouve plus mon

chemin et je suis heureux quand, comme sur cette photo, mon corps tient

debout, en équilibre, avec le soutient de l'intérieur, accueillant l'inconnu les bras et

le cœur ouverts ainsi acceptant une certaine vulnérabilité tout en évitant de me

mettre en place de victime. Même quand je me trouve au fond des ténèbres.

Le mélange entre Contact Improvisation et Body-Mind Centering® a été la recette

idéale depuis plus de 25 ans. Autant dans mes cours que dans ma vie. Parfois c'est

l'un qui informe l'autre, après ils changent de rôles. Du travail de Steve je vois toujours

plus clairement comment ses recherches autour du centre et d'une structure centrale

de notre corps est essentiel pour tout mouvement humain.

Et justement ce mouvement humain, il m'importe. Pas parce que je trouve les humains plus évolués que d'autres animaux, mais parce que j'aime ce jeu entre moi et l'autre, entre ce qui est nous et ce qui ne l'est pas, entre mon espace intérieur et mon espace extérieur séparé par une membrane perméable, la peau. J'aime la danse entre l'individualité unique de chacun et la responsabilité pour une collectivité et un environnement. J'aime le jeu du poids d'un mouvement et celui de la pression à la recherche de l'équilibre entre impression et expression pour ne pas sombrer en dépression. Pour moi, une des grandes forces du Contact Improvisation est son ambition de questionner nos comportements. Je trouve que beaucoup de personnes ont malheureusement oublié cet aspect..... ou pire....

Ma priorité en danse n'est pas d'ordre esthétique. Ce qui m'importe c'est ce que la personne sent et ressent en dansant, comment elle arrive à trouver son équilibre entre forme et fluidité , entre contenant et contenu, pour accéder à son fond, et pouvoir communiquer à partir de son origine, de son intime soi grâce à ce langage universel qu'est le corps et son mouvement. Car plus que jamais je suis convaincu que notre corps ne ment pas, peu importe combien on essaie parfois de le raisonner ou de le faire se taire. Les moyens que je propose dans mes cours sont ceux qui pour moi fonctionnent. Mais je sais qu'il en existe d'autres. Comme le dit le proverbe souffi: "Il y a autant de chemins vers Dieux que d'humains sur terre".

 

 

   Des cours pour qui?:

   Je travaille pour et avec un public très varié et j'aime ça. Au début j'ai souvent été demandé d'enseigner des classes d'enfants, mais j'ai vite arrêté de le faire pour pouvoir me concentrer sur un public adulte qui - à mon avis - demande une pédagogie bien différente. Depuis pratiquement le début de mon activité d'enseignant, je travaille autant avec des groupes d'amateurs que pour des compagnies de danseurs et comédiens avec grande renommée. J'ai donné beaucoup de cours dans la formation de futurs professionnels de la scène et aussi travaillé avec des personnes à mobilité réduite. Mes interventions ont parfois eu un but clairement thérapeutique (en psychiatrie, par exemple) d'autres fois pas du tout, mais je sais que notre corps et notre âme sont au fond indissociables et j'essaie de toujours en tenir compte.

J'ai la chance de faire un travail que j'aime profondément. En plus il me fait beaucoup voyager dans tous les sens du terme. J'apprécie de faire connaissance de cultures différentes et d'être attentif aux parfois subtils changements de perception de ce qui concerne le corps. Enseignant aujourd'hui dans plusieurs langues, je suis aussi devenu attentif aux images liées au corps qui varient d'une langue à une autre. J'essaie d'adapter le mieux possible mes cours à chaque nouveau groupe et voir chaque groupe connu avec un regard nouveau à chaque rencontre. Je crois aujourd'hui être sensible aux envies des personnes qui ont confiance en moi et d'avoir acquis un nombre important de moyens pour répondre à leurs souhaits parfois bien enfouis. Mais l'expérience m'a aussi fait comprendre que parfois je rencontre dans mes cours des besoins de quelqu'un que je n'arrive pas à satisfaire et d'accepter mes limites.

Depuis quelques années j'ai aussi investi dans le travail corporel avec des personnes adolescentes et de très jeunes adultes. C'est une aventure toute particulière, peu importe s'il s'agit de structures professionnels ou non.

À un moment dans ma vie où mon corps est soumis à un vieillissement qui se fait sentir ici et là, je suis peut-être devenu plus sensible à ces gens qui vivent de leur côté les changements turbulents dans leur corps, mais aussi dans une nouvelle recherche d'identité. Vivant dans un corps qui se sent parfois fatigué de suivre les changements sociétales, j'ai peut-être un regard particulier sur une tranche de notre population à laquelle on demande d'être à la hauteur de la compétitivité sans leur donner ni le temps, ni les moyens de se faire leurs armes physiques. Alors j'essaie de me donner la peine pour les aider à trouver des formes pour exprimer les tempêtes qui secouent leurs océans intérieurs, d'apprivoiser les nouvelles forces de vie qui se mettent parfois à habiter leur corps par surprise et d'entrer d'un pas rassuré dans leur vie d'adultes. Ils sont souvent parmi les plus reconnaissants pour le temps que je leur consacre.

 

 

   Contact Improvisation - Contact Exploration:

   Vers la fin des années 1990 j'ai commencé à me battre pour que mes cours ne soient pas appelés Danse Contact ou Danse Contact Improvisation. Si dans le premier l'improvisation est tout bonnement perdue, dans les deux on rajoute l'idée de danse qui dans l'usage de la langue française est bien trop lié au côté esthétique du mouvement.

Pour moi, la priorité n'est nullement dans ce qu'on donne à voir pour impressionner l'autre.

Je suis content que Contact Improvisation semble de nouveau trouver sa place. Reste l'éternelle question sans réponse de ce que c'est le Contact Improvisation. J'avoue qu'il y a tellement de définitions et d'interprétations de ce terme qui me déplaisent, que j'ai régulièrement senti l'envie d'appeler mon travail autrement. En même temps de voir apparaître certaines nouvelles appellations qui semblent avoir comme seul but que quelqu'un puisse s'approprier quelque chose me révolte tout autant.

Entre temps mon exploration me confronte plus que jamais à la nécessité du travail seul. Pas parce que je ne serais plus convaincu du fait qu'à deux on va plus loin et à bien des endroits où seul on ne peut jamais aller. Simplement je réalise dans beaucoup de cours et plus encore dans des jams de Contact Improvisation combien les gens se jettent les uns sur les autres, s'agrippent et manipulent sans avoir de réels liens avec eux-mêmes. Peut-être le fait que Steve Paxton après ses années de Contact Improvisation soit arrivé au travail de Material For the Spine reflette à merveille mon propre besoin d'amener les gens vers un travail exigeant sur eux-mêmes. Retrouver grâce à notre mouvement une individualité assumée plutôt que de se noyer dans notre égoïsme aveugle me semble essentiel pour pouvoir partager nos danses à deux ou en groupe. D'un autre côté je vois aussi avec beaucoup de questionnement et un peu d'effroi combien le Contact Improvisation semble être confondu avec une sorte de thérapie de couple, de danse à deux dans laquelle les rôles à jouer par l'homme et par la femme semblent être définis par des lois de société, ou des rencontres où on va simplement pour s'amuser ou pour jouer au jeu de: on-est-si-gentil-et -tout-le-monde-aime-tout-le-monde.

Je croyais avoir trouvé mon bonheur avec  Contact Exploration. C'est le terme par lequel j'aimais non seulement réunir l'ensemble de mon travail de mouvement, mais également la danse subtile et intense partagée pendant quelques temps avec Alex Guex. C'est Anna Halprin qui a inventé cette expression il y a longtemps (lors d'un entretien avec Nancy Stark Smith). J'ai demandé à Anna si elle était d'accord de me prêter ce terme et consciencieuse comme elle est, elle voulait d'abord que je lui explique ma motivation d'utiliser Contact Exploration. Je suis heureux qu'elle était convaincue par mes arguments.

Depuis quelques années il me semble que la danse d'Alex et la mienne se sont éloignées. De ce fait, je n'utilisais plus vraiment le terme Contact Exploration, en espérant d'éviter des confusions. Plus récemment je l'introduis parce qu'il me semble toujours juste pour grand nombre de mes projets. Et aussi parce que je sens Steve de plus en plus réticent vis-à-vis de l'utilisation de Contact Improvisation pour un grand nombre de propositions. Pas facile de s'en sortir avec les mots. Heureusement que le vrai langage reste celui du corps en mouvement.

 

 

   Interview

 

   J'ai le plaisir de partager une danse très spéciale avec vous: C'est une interview réalisée par Anne Laure dans le cadre du film Semence d'amour qu'elle est en train de réaliser en ce moment. (Vous trouverez plus de détails à ce sujet en allant sur le lien visible à la fin de l'interview.) J'adore sa caméra discrète mais sans hésitation et je trouve cette petite séquence entre images de la forêt qui bouge, et ma voix qui cherche ses mots une danse en soi, magnifiquement mise en valeur par Anne Laure.

Steve Paxton

2 septembre 2012 , Dimanche

 

Je sors du chalet d'alpage d'une amie où je viens de passer la nuit Il y a du bon soleil. Mais il ne faut pas se laisser tromper. Il a beaucoup plu ces derniers jours et hier j'ai déjà marché dans la neige un peu plus haut à la montagne. Le bois qu'Alex a mis dans le fourneau hier soir était presque le dernier de la réserve prêt pour l'hiver qui s'approche.​ Pourtant du bois, il y en a encore. Faut aller le chercher quelques centaines de mètres plus bas, le mettre sur une charrette et le tirer en haut la pente raide. Puis il faut le scier à la main, le fendre, le mettre à l'abri. Gros travail physique. J'aime faire ça. C'est comme une danse. Je pense à Steve et à sa ferme. Son lien avec la Nature. Je pense aussi à toutes ces danses contemporaines qui se veulent inspirées de gestes du quotidien. Moi, je n'ai pas besoin de réfléchir. Demain j'aurai des courbatures pour me rappeler des gestes de ce quotidien et la satisfaction d'avoir vu dans mes rêves le sourire approbateur de Steve. C'est certainement chez lui que je trouve ce lien entre Nature et quotidien le plus clairement intégré dans la vie. Par nécessité et de manière qui dépasse tout effet de mode. Merci Steve.

                                                                                                  

Anna Halprin

août 2012

 

Je suis heureux de ta réponse favorable à la demande de pouvoir appeler notre site "Contact Exploration". Tu me demandes pourquoi j'aimerais utiliser ce terme que je t'ai vu utiliser pour la première fois dans une interview avec Nancy Stark Smith en 1987? Bon, voici en quelques mots ma motivation : Contact Improvisation et Body-Mind Centering® sont les grand piliers de mon travail depuis 1990. Pendant de longues années je les ai pratiqués les deux de manière assez séparée, d'abord surtout pour nourrir mes danses en Contact Improvisation d'un travail de BMC, puis au contraire, plutôt pour utiliser le toucher en mouvement pour nourrir mes danses des organes ou des liquides dans le corps. C'est en travaillant avec toi ces dernières années que j'ai pris conscience de ce que c'est pour moi d'explorer le mouvement d'une partie du corps ou un système. J'ai réalisé à quel point une improvisation est différent d'une exploration qui m'aide à mettre l'accent sur quelque chose et à quel point petit à petit l'idée de cette dernière s'était installée dans mes cours sans jamais avoir mis des mots dessus. Le principe d'exploration me semble en effet essentiel pour pourvoir dans mon travail ne plus faire de séparation entre Contact Improvisation et BMC. Du coup ça devient "Contact Exploration". Tout naturellement. Toi, tu avais utilisé ce terme il y bien longtemps déjà. T'avais là aussi bien de l'avance! Moi, ce n'est que grâce à tes cours que j'ai réussi à mettre les points sur les i. Merci Anna!​

Pour voir le film documentaire de Anna "returning home"

 

http://www.cultureunplugged.com/documentary/watch-online/play/2300

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